Jusqu’ici, la visite médicale de mi-carrière restait une affaire entre le salarié et le service de santé au travail. Depuis le 26 octobre 2025, elle déclenche une obligation pour l’employeur : organiser un entretien de parcours professionnel dans les deux mois qui suivent, consacré à l’adaptation du poste et à la prévention de l’usure professionnelle. C’est ce que l’on appelle désormais l’entretien de mi-carrière. Cet article détaille qui est concerné, quand il doit avoir lieu, ce qu’il doit contenir et comment l’articuler avec le reste du calendrier des entretiens.
L’essentiel
- Déclencheur : la visite médicale de mi-carrière, organisée en principe durant l’année civile du 45e anniversaire.
- Délai : l’entretien se tient dans les 2 mois suivant la visite.
- Contenu : les 5 thématiques de tout entretien de parcours professionnel, plus les mesures préconisées par le médecin du travail, l’adaptation du poste et la prévention de l’usure.
- Applicable depuis le 26 octobre 2025, sans attendre le 1er octobre 2026, y compris dans les entreprises couvertes par un accord.
- Sanction : entre dans le contrôle de l’état des lieux à 8 ans (abondement correctif CPF de 3 000 € dans les entreprises de 50 salariés et plus).
Qu’est-ce que l’entretien de mi-carrière ?
Le terme n’apparaît pas tel quel dans le Code du travail. La loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 a inséré dans l’article L6315-1 une disposition qui impose un entretien de parcours professionnel « dans un délai de deux mois à compter de la visite médicale de mi-carrière », au cours duquel sont abordées les mesures individuelles éventuellement préconisées par le médecin du travail. L’usage a retenu « entretien de mi-carrière » pour désigner ce rendez-vous.
Il ne s’agit donc pas d’un entretien d’une nature nouvelle, mais d’un entretien de parcours professionnel enrichi, positionné à un moment précis de la carrière et relié à la santé au travail. Il ne porte pas sur l’évaluation du travail du salarié, comme tout entretien de parcours professionnel.
Le déclencheur : la visite médicale de mi-carrière
Créée par la loi du 2 août 2021 sur la santé au travail, la visite médicale de mi-carrière (article L4624-2-2 du Code du travail) est organisée par le service de prévention et de santé au travail à une échéance fixée par accord de branche ou, à défaut, durant l’année civile du 45e anniversaire du salarié. Elle peut être anticipée et couplée à une autre visite lorsque le salarié doit être vu par le médecin du travail dans les deux ans précédant cette échéance. Elle peut être réalisée par un infirmier en santé au travail, qui oriente vers le médecin si nécessaire.
Ses objectifs sont fixés par la loi : dresser un état des lieux de l’adéquation entre le poste et l’état de santé du salarié, en tenant compte des expositions aux risques professionnels ; évaluer les risques de désinsertion professionnelle au regard de l’évolution de ses capacités ; le sensibiliser aux enjeux du vieillissement au travail et à la prévention. À l’issue, le médecin du travail peut proposer des mesures individuelles d’aménagement, d’adaptation ou de transformation du poste ou du temps de travail.
C’est le lien manquant que la loi de 2025 vient créer : ces préconisations doivent maintenant être reprises et discutées dans un entretien RH, dans un délai court.
Qui est concerné et quand ?
Tous les salariés qui passent la visite de mi-carrière
L’obligation vise tous les employeurs de droit privé, sans condition d’effectif, pour chaque salarié ayant bénéficié d’une visite médicale de mi-carrière. En pratique, il s’agit des salariés dans leur 45e année, ou à l’âge fixé par la branche, ou plus tôt si la visite a été anticipée.
Le délai de deux mois
Le compte à rebours part de la date de la visite, pas de la réception de l’attestation. Deux conséquences pratiques :
- l’employeur doit savoir quand la visite a lieu. Le service de santé au travail convoque le salarié, généralement à la demande de l’employeur qui déclare ses effectifs ; il faut donc suivre les convocations et les attestations de suivi ;
- deux mois, c’est court pour convoquer, préparer et tenir un entretien. Le plus sûr est de programmer l’entretien dès la convocation à la visite, sans attendre son résultat.
Applicable immédiatement
Contrairement à la nouvelle périodicité de 4 ans, qui laisse aux entreprises couvertes par un accord collectif jusqu’au 1er octobre 2026 pour se mettre en conformité, l’entretien lié à la visite de mi-carrière s’applique depuis le 26 octobre 2025 à toutes les entreprises. Un salarié dont la visite a eu lieu après cette date doit donc avoir bénéficié de son entretien.
Et si la visite a eu lieu avant le 26 octobre 2025 ? La loi n’a pas d’effet rétroactif : aucun entretien de mi-carrière n’est dû pour une visite antérieure. Le salarié bénéficie du cycle normal (entretien tous les 4 ans à compter du dernier). Rien n’interdit toutefois d’intégrer les préconisations médicales à son prochain entretien de parcours professionnel : c’est l’esprit du texte.
Que doit contenir l’entretien de mi-carrière ?
Deux couches. D’abord le socle commun à tout entretien de parcours professionnel, imposé par l’article L6315-1 : compétences et qualifications mobilisées, situation et parcours professionnels, besoins de formation, souhaits d’évolution, information sur le CPF et le conseil en évolution professionnelle. Ensuite le volet spécifique :
- Les mesures préconisées par le médecin du travail à l’issue de la visite : aménagement du poste, adaptation des horaires, limitation de certaines tâches ou expositions, transformation du poste. L’entretien examine comment les mettre en œuvre.
- L’adaptation du poste au sens large : organisation, ergonomie, rythme, charge, télétravail.
- La prévention de l’usure professionnelle : expositions physiques ou psychiques, pénibilité, perspectives de mobilité vers un poste moins exposé, formation permettant une reconversion.
Le lien avec la seconde partie de carrière est explicite : à 45 ans, il reste 15 à 20 ans d’activité. L’entretien sert à s’assurer que le poste reste tenable dans la durée et, sinon, à ouvrir des pistes avant que la situation ne se dégrade.
Ce que l’employeur peut savoir, et ce qu’il ne sait pas
Le secret médical s’applique. L’employeur ne reçoit pas le contenu de la visite, seulement l’attestation de suivi et, le cas échéant, les préconisations écrites du médecin du travail (mesures individuelles, aménagements). L’entretien ne porte donc pas sur l’état de santé du salarié, mais sur les conséquences pratiques des préconisations. Le salarié reste libre d’évoquer, ou non, sa situation personnelle.
Exemples de questions à poser
- Le médecin du travail a-t-il formulé des préconisations ? Comment pouvons-nous les mettre en œuvre, et dans quel délai ?
- Y a-t-il des tâches, des horaires ou des postures qui vous pèsent davantage qu’il y a cinq ans ?
- Quelles compétences souhaitez-vous développer pour la suite de votre parcours ?
- Envisagez-vous une mobilité, une reconversion, un tutorat, une transmission de savoirs ?
- Connaissez-vous vos droits CPF et le conseil en évolution professionnelle ?
Comment l’articuler avec le cycle des entretiens
L’entretien de mi-carrière s’ajoute au calendrier des entretiens de parcours professionnel ; il ne le remplace pas. Trois cas de figure :
| Situation | Ce qu’il faut faire |
|---|---|
| L’entretien quadriennal tombe dans les 2 mois suivant la visite | Un seul entretien peut remplir les deux obligations, à condition de traiter les 5 thématiques et le volet mi-carrière, et de le mentionner dans le compte rendu. |
| Le dernier entretien quadriennal date de quelques mois | Un entretien de mi-carrière est dû dans les 2 mois de la visite. Il peut être ciblé sur le volet spécifique, mais le plus simple reste d’utiliser la trame complète. |
| Le salarié revient d’une absence longue en même temps | L’entretien de reprise n’est pas dû si un entretien a eu lieu dans les 12 mois précédents ; l’entretien de mi-carrière peut donc couvrir les deux, en le précisant. |
Point de méthode : l’entretien de mi-carrière ne remet pas à zéro le compteur des 4 ans selon une lecture prudente du texte, mais rien n’interdit de le considérer comme l’entretien périodique s’il en traite l’intégralité du contenu. Consignez clairement dans le compte rendu la nature de l’entretien (mi-carrière, périodique, ou les deux) : c’est ce que vérifiera l’état des lieux à 8 ans. Notre modèle d’entretien de parcours professionnel prévoit ces cases et un volet mi-carrière dédié.
Et l’entretien avant 60 ans ?
La même loi prévoit un second rendez-vous lié à l’âge : le premier entretien de parcours professionnel qui intervient dans les deux ans précédant le 60e anniversaire doit aborder les conditions de maintien dans l’emploi et les possibilités d’aménagement de fin de carrière (temps partiel, retraite progressive dès 60 ans, compte épargne-temps, CPF). Là où l’entretien de mi-carrière anticipe l’usure, celui-ci prépare la sortie. Le volet seniors de la loi décrit les dispositifs mobilisables.
S’organiser : la méthode en 5 étapes
- Repérer la population : salariés dont le 45e anniversaire tombe dans l’année civile (ou l’âge fixé par votre branche), plus ceux dont la visite est anticipée.
- Suivre les visites : dates de convocation et attestations de suivi transmises par le service de santé au travail. Le délai de 2 mois court à partir de la visite.
- Programmer l’entretien dès la convocation à la visite, pour tenir le délai sans stress.
- Préparer : préconisations médicales reçues, historique des entretiens et formations du salarié, trame avec volet mi-carrière.
- Tracer et suivre : compte rendu remis au salarié, plan d’actions (aménagements, formation, mobilité) avec responsables et échéances, puis contrôle de la mise en œuvre des préconisations.
Dans un SIRH, cette population se filtre en une requête sur la date de naissance ; le module Entretiens lance la campagne, envoie les rappels et archive le compte rendu. Sans outil, un tableau de suivi tenu à jour avec la médecine du travail fait l’affaire dans une petite structure.
Quelles sanctions en cas d’oubli ?
Il n’existe pas de sanction propre à l’entretien de mi-carrière. Il entre dans le périmètre de l’état des lieux récapitulatif à 8 ans, qui vérifie que le salarié a bénéficié des entretiens prévus. Dans les entreprises de 50 salariés et plus, l’absence d’entretiens combinée à l’absence de formation non obligatoire déclenche l’abondement correctif du CPF de 3 000 €. Dans toutes les entreprises, un manquement peut être invoqué aux prud’hommes, avec un risque accru lorsque des préconisations médicales n’ont pas été suivies d’effet : l’obligation de sécurité de l’employeur entre alors en jeu.
Questions fréquentes
L’entretien de mi-carrière est-il obligatoire dans les entreprises de moins de 50 salariés ?
Oui. L’obligation d’entretien s’applique à tous les employeurs. Seul l’abondement correctif du CPF est réservé aux entreprises de 50 salariés et plus.
À quel âge exactement a lieu l’entretien de mi-carrière ?
Il suit la visite médicale de mi-carrière, organisée durant l’année civile du 45e anniversaire, sauf échéance différente fixée par accord de branche ou visite anticipée. L’entretien doit se tenir dans les 2 mois suivant la visite.
Que se passe-t-il si le salarié ne se rend pas à la visite médicale ?
Sans visite, le délai de 2 mois ne court pas. L’employeur reste tenu de faire respecter le suivi médical et doit pouvoir prouver la convocation. Le cycle normal des entretiens de parcours professionnel continue de s’appliquer.
L’employeur a-t-il accès au contenu de la visite médicale ?
Non. Il reçoit l’attestation de suivi et, le cas échéant, les préconisations écrites du médecin du travail. L’entretien porte sur la mise en œuvre de ces préconisations, pas sur l’état de santé.
Peut-on faire l’entretien de mi-carrière en visioconférence ?
Aucune disposition n’impose le présentiel. L’échange doit être réel, tenu sur le temps de travail, et donner lieu à un compte rendu écrit remis au salarié.
Faut-il un compte rendu spécifique ?
Il faut un compte rendu écrit, comme pour tout entretien de parcours professionnel, indiquant la nature de l’entretien et les mesures discutées. Une trame unique avec un volet mi-carrière suffit.
À retenir
L’entretien de mi-carrière relie deux mondes qui s’ignoraient : la médecine du travail et la gestion des parcours. Concrètement, pour chaque salarié dans sa 45e année, l’employeur doit repérer la visite, tenir un entretien de parcours professionnel dans les deux mois, y traiter les préconisations médicales, l’adaptation du poste et la prévention de l’usure, et en garder la trace. La contrainte est légère si le suivi est organisé ; elle devient un risque si les visites passent inaperçues.