Le « bilan à 6 ans » était le point de contrôle de l’ancien entretien professionnel : tous les six ans, l’employeur devait vérifier que le salarié avait bien eu ses entretiens et au moins une formation, sous peine d’abonder son CPF. Depuis le 26 octobre 2025, la loi n° 2025-989 le remplace par un état des lieux récapitulatif tous les 8 ans, adossé au nouvel entretien de parcours professionnel. Le mécanisme de contrôle et la sanction sont conservés ; le pas de temps, le point de départ des cycles en cours et quelques détails changent. Voici ce qu’il faut savoir, avec un calculateur pour recalculer les échéances de chaque salarié.
L’essentiel
- L’état des lieux récapitulatif a lieu tous les 8 ans (au lieu de 6). Il prend la forme d’un entretien de parcours professionnel « renforcé ».
- Il vérifie 4 points : entretiens tenus, au moins une formation suivie, éléments de certification acquis, progression salariale ou professionnelle.
- Dans les entreprises de 50 salariés et plus, l’absence d’entretiens et de formation non obligatoire déclenche un abondement correctif du CPF de 3 000 €.
- Pour les cycles en cours, le délai de 8 ans se calcule à partir du dernier bilan réalisé (ou de l’embauche s’il n’y en a jamais eu), sans remise à zéro.
- Les entreprises couvertes par un accord collectif sur les entretiens professionnels ont jusqu’au 1er octobre 2026.
Du bilan à 6 ans à l’état des lieux à 8 ans
La logique reste la même : à intervalle régulier, l’entretien change de nature et devient un moment de vérification. Ce qui change tient en un tableau.
| Élément | Bilan à 6 ans (avant le 26 octobre 2025) | État des lieux récapitulatif (depuis) |
|---|---|---|
| Périodicité | Tous les 6 ans | Tous les 8 ans (possible dès la 7e année) |
| Entretiens intermédiaires attendus | 3 entretiens professionnels (tous les 2 ans) | 2 entretiens de parcours professionnel (tous les 4 ans), plus les entretiens ciblés (embauche, mi-carrière, avant 60 ans, reprise) |
| Points de contrôle | Entretiens tenus ; formation ; certification ; progression | Identiques |
| Condition de la sanction (≥ 50 salariés) | Pas d’entretiens et pas de formation non obligatoire | Identique |
| Montant de l’abondement | 3 000 € | 3 000 € |
| Point de départ du cycle | Embauche ou dernier bilan | Dernier bilan réalisé (ou embauche), sans remise à zéro |
La conséquence pratique la plus visible : là où une entreprise devait tenir trois entretiens intermédiaires puis un bilan sur six ans, elle tient désormais deux entretiens périodiques puis un état des lieux sur huit ans. Moins de rendez-vous, mais un cycle plus long, donc plus difficile à reconstituer si le suivi n’est pas outillé.
Ce que vérifie l’état des lieux
L’article L6315-1 du Code du travail liste ce que l’état des lieux récapitulatif doit permettre de vérifier, sur les huit années écoulées :
- que le salarié a bénéficié des entretiens de parcours professionnel prévus (périodiques et ciblés) ;
- qu’il a suivi au moins une action de formation ;
- qu’il a acquis des éléments de certification, par la formation ou par une VAE ;
- qu’il a bénéficié d’une progression salariale ou professionnelle.
Ces quatre points sont à documenter, mais ils n’ont pas tous le même poids. Seuls les deux premiers conditionnent la sanction financière : c’est le double manquement (pas d’entretiens et pas de formation non obligatoire) qui déclenche l’abondement. Certification et progression sont des indicateurs, pas des obligations de résultat.
Ce que l’on entend par formation « non obligatoire »
Il s’agit d’une action de formation autre que celles qui conditionnent l’exercice d’une activité ou d’une fonction en application d’un texte (habilitation électrique, CACES, formation sécurité imposée…). Une formation métier, une montée en compétences ou un parcours certifiant comptent ; le recyclage réglementaire seul ne suffit pas.
Comment le formaliser
L’état des lieux prend la forme d’un entretien de parcours professionnel dont le compte rendu comporte une grille de vérification : pour chaque point, oui / non, dates et précisions. Une copie est remise au salarié. Notre modèle d’entretien de parcours professionnel intègre cette grille dans une partie dédiée.
Cycles en cours : comment recalculer la date du prochain état des lieux
C’est la question qui bloque le plus de services RH. Le questions-réponses publié par le ministère du Travail en février 2026 donne la méthode :
- Le délai de 8 ans court à partir du dernier bilan à 6 ans réalisé. Un salarié dont le bilan a été fait en 2022 verra son prochain état des lieux en 2030, et non en 2028.
- S’il n’y a jamais eu de bilan, le point de départ est la date d’embauche (ou la date à laquelle le salarié est entré dans le dispositif). Un salarié embauché en 2019 dont le bilan à 6 ans était prévu en 2025 et n’a pas été fait : l’état des lieux est dû au plus tard en 2027.
- Le prochain entretien périodique se calcule de la même façon : 4 ans après le dernier entretien professionnel réalisé.
- Les périodes de suspension du contrat (congé parental, congé sabbatique, arrêt longue maladie…) ne sont pas comptabilisées : elles décalent d’autant les échéances.
- Entreprises couvertes par un accord sur les entretiens professionnels : l’accord s’applique jusqu’au 1er octobre 2026 ; ensuite les nouvelles règles s’imposent aux clauses contraires.
Le calculateur ci-dessous applique ces règles à un salarié donné et affiche ses prochaines échéances : entretien périodique, état des lieux, fenêtre de mi-carrière et fenêtre avant 60 ans.