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Kammi
Entretiens et Évaluations9 min

État des lieux à 8 ans : ce qui remplace le bilan à 6 ans

Le bilan à 6 ans devient un état des lieux récapitulatif tous les 8 ans : points de contrôle, transition des cycles en cours, abondement CPF de 3 000 € et calculateur d'échéances.

17 août 2026Mis a jour le 17 août 2026par Équipe Kammi

Le « bilan à 6 ans » était le point de contrôle de l’ancien entretien professionnel : tous les six ans, l’employeur devait vérifier que le salarié avait bien eu ses entretiens et au moins une formation, sous peine d’abonder son CPF. Depuis le 26 octobre 2025, la loi n° 2025-989 le remplace par un état des lieux récapitulatif tous les 8 ans, adossé au nouvel entretien de parcours professionnel. Le mécanisme de contrôle et la sanction sont conservés ; le pas de temps, le point de départ des cycles en cours et quelques détails changent. Voici ce qu’il faut savoir, avec un calculateur pour recalculer les échéances de chaque salarié.

L’essentiel

  • L’état des lieux récapitulatif a lieu tous les 8 ans (au lieu de 6). Il prend la forme d’un entretien de parcours professionnel « renforcé ».
  • Il vérifie 4 points : entretiens tenus, au moins une formation suivie, éléments de certification acquis, progression salariale ou professionnelle.
  • Dans les entreprises de 50 salariés et plus, l’absence d’entretiens et de formation non obligatoire déclenche un abondement correctif du CPF de 3 000 €.
  • Pour les cycles en cours, le délai de 8 ans se calcule à partir du dernier bilan réalisé (ou de l’embauche s’il n’y en a jamais eu), sans remise à zéro.
  • Les entreprises couvertes par un accord collectif sur les entretiens professionnels ont jusqu’au 1er octobre 2026.

Du bilan à 6 ans à l’état des lieux à 8 ans

La logique reste la même : à intervalle régulier, l’entretien change de nature et devient un moment de vérification. Ce qui change tient en un tableau.

ÉlémentBilan à 6 ans (avant le 26 octobre 2025)État des lieux récapitulatif (depuis)
PériodicitéTous les 6 ansTous les 8 ans (possible dès la 7e année)
Entretiens intermédiaires attendus3 entretiens professionnels (tous les 2 ans)2 entretiens de parcours professionnel (tous les 4 ans), plus les entretiens ciblés (embauche, mi-carrière, avant 60 ans, reprise)
Points de contrôleEntretiens tenus ; formation ; certification ; progressionIdentiques
Condition de la sanction (≥ 50 salariés)Pas d’entretiens et pas de formation non obligatoireIdentique
Montant de l’abondement3 000 €3 000 €
Point de départ du cycleEmbauche ou dernier bilanDernier bilan réalisé (ou embauche), sans remise à zéro

La conséquence pratique la plus visible : là où une entreprise devait tenir trois entretiens intermédiaires puis un bilan sur six ans, elle tient désormais deux entretiens périodiques puis un état des lieux sur huit ans. Moins de rendez-vous, mais un cycle plus long, donc plus difficile à reconstituer si le suivi n’est pas outillé.

Ce que vérifie l’état des lieux

L’article L6315-1 du Code du travail liste ce que l’état des lieux récapitulatif doit permettre de vérifier, sur les huit années écoulées :

  1. que le salarié a bénéficié des entretiens de parcours professionnel prévus (périodiques et ciblés) ;
  2. qu’il a suivi au moins une action de formation ;
  3. qu’il a acquis des éléments de certification, par la formation ou par une VAE ;
  4. qu’il a bénéficié d’une progression salariale ou professionnelle.

Ces quatre points sont à documenter, mais ils n’ont pas tous le même poids. Seuls les deux premiers conditionnent la sanction financière : c’est le double manquement (pas d’entretiens et pas de formation non obligatoire) qui déclenche l’abondement. Certification et progression sont des indicateurs, pas des obligations de résultat.

Ce que l’on entend par formation « non obligatoire »

Il s’agit d’une action de formation autre que celles qui conditionnent l’exercice d’une activité ou d’une fonction en application d’un texte (habilitation électrique, CACES, formation sécurité imposée…). Une formation métier, une montée en compétences ou un parcours certifiant comptent ; le recyclage réglementaire seul ne suffit pas.

Comment le formaliser

L’état des lieux prend la forme d’un entretien de parcours professionnel dont le compte rendu comporte une grille de vérification : pour chaque point, oui / non, dates et précisions. Une copie est remise au salarié. Notre modèle d’entretien de parcours professionnel intègre cette grille dans une partie dédiée.

Cycles en cours : comment recalculer la date du prochain état des lieux

C’est la question qui bloque le plus de services RH. Le questions-réponses publié par le ministère du Travail en février 2026 donne la méthode :

  • Le délai de 8 ans court à partir du dernier bilan à 6 ans réalisé. Un salarié dont le bilan a été fait en 2022 verra son prochain état des lieux en 2030, et non en 2028.
  • S’il n’y a jamais eu de bilan, le point de départ est la date d’embauche (ou la date à laquelle le salarié est entré dans le dispositif). Un salarié embauché en 2019 dont le bilan à 6 ans était prévu en 2025 et n’a pas été fait : l’état des lieux est dû au plus tard en 2027.
  • Le prochain entretien périodique se calcule de la même façon : 4 ans après le dernier entretien professionnel réalisé.
  • Les périodes de suspension du contrat (congé parental, congé sabbatique, arrêt longue maladie…) ne sont pas comptabilisées : elles décalent d’autant les échéances.
  • Entreprises couvertes par un accord sur les entretiens professionnels : l’accord s’applique jusqu’au 1er octobre 2026 ; ensuite les nouvelles règles s’imposent aux clauses contraires.

Le calculateur ci-dessous applique ces règles à un salarié donné et affiche ses prochaines échéances : entretien périodique, état des lieux, fenêtre de mi-carrière et fenêtre avant 60 ans.

Calculateur d’échéances de l’entretien de parcours professionnel

Renseignez la situation d’un salarié : le calculateur applique les règles de la réforme et les règles de transition (4 ans depuis le dernier entretien, 8 ans depuis le dernier bilan, suspensions non comptées) et affiche ses prochaines échéances. Aucune donnée n’est envoyée : le calcul se fait dans votre navigateur.

Laissez vide si aucun entretien n’a encore eu lieu.

Laissez vide s’il n’y en a jamais eu.

Congé parental, sabbatique, arrêt longue maladie… (0 si aucun).

Effectif de l’entreprise
Renseignez au moins la date d’embauche pour afficher les échéances.

L’abondement correctif de 3 000 €

Qui est concerné

Uniquement les entreprises d’au moins 50 salariés. Les plus petites sont soumises à l’obligation d’entretiens et d’état des lieux, mais pas à l’abondement.

Le fait générateur

Le double manquement constaté lors de l’état des lieux : le salarié n’a pas bénéficié des entretiens prévus au cours des 8 ans et n’a pas suivi au moins une formation non obligatoire. Si un seul des deux fait défaut, l’abondement n’est pas dû (mais le manquement reste un manquement, opposable aux prud’hommes).

Le montant et les modalités

3 000 € par salarié concerné, proratisés pour les salariés à temps partiel. L’employeur verse la somme à la Caisse des dépôts et consignations, qui crédite le CPF du salarié, au plus tard le dernier jour du trimestre civil suivant l’état des lieux. À défaut de versement, l’entreprise s’expose à devoir verser au Trésor public le montant dû majoré de 100 %. Un accord collectif peut par ailleurs définir un cadre et des critères collectifs d’abondement du CPF par l’employeur.

Le risque au-delà de l’abondement

Quelle que soit la taille de l’entreprise, l’absence d’entretiens et de formation peut fonder une demande de dommages et intérêts pour manquement à l’obligation d’adaptation et de maintien de l’employabilité, notamment lors d’un licenciement. Le compte rendu d’état des lieux est alors la pièce qui protège l’employeur.

Se préparer à l’état des lieux

  1. Reconstituer l’historique par salarié : dates des entretiens professionnels et de parcours, bilans réalisés, formations suivies (obligatoires ou non), certifications, évolutions de poste et de rémunération. Sans base fiable, l’état des lieux est impossible à documenter.
  2. Recalculer les échéances avec les règles de transition (calculateur ci-dessus), et repérer les salariés dont l’état des lieux tombe dans les 12 mois.
  3. Identifier les salariés à risque : aucun entretien depuis plus de 4 ans, ou aucune formation non obligatoire depuis plus de 6 ans. Il est encore temps de proposer une formation avant l’échéance.
  4. Utiliser une trame avec la grille de vérification et la conclusion (obligations respectées / abondement à verser).
  5. Archiver les comptes rendus signés et prévoir la date du prochain état des lieux.

Dans un SIRH, l’historique des entretiens et des formations est déjà centralisé ; le module Entretiens et le module Formations fournissent la matière de l’état des lieux et alertent avant l’échéance.

Questions fréquentes

Le bilan à 6 ans existe-t-il encore ?

Non. Depuis le 26 octobre 2025, il est remplacé par l’état des lieux récapitulatif tous les 8 ans. Les entreprises couvertes par un accord collectif sur les entretiens professionnels appliquent leur accord jusqu’au 1er octobre 2026 au plus tard.

Mon bilan à 6 ans était prévu en 2026 : dois-je le faire ?

Sauf accord collectif encore applicable, non : l’échéance est repoussée à 8 ans après le dernier bilan réalisé, ou après l’embauche s’il n’y en a jamais eu. Rien n’interdit de le tenir quand même : un état des lieux anticipé (possible dès la 7e année) sécurise la situation.

L’abondement de 3 000 € est-il dû si un seul entretien a été oublié ?

Non, l’abondement suppose que le salarié n’a pas bénéficié des entretiens prévus et n’a pas suivi de formation non obligatoire. Un entretien manqué reste toutefois un manquement, opposable en cas de contentieux.

L’état des lieux concerne-t-il les entreprises de moins de 50 salariés ?

Oui, l’état des lieux et les entretiens sont obligatoires pour tous les employeurs. Seul l’abondement correctif est réservé aux entreprises de 50 salariés et plus.

Une formation obligatoire (sécurité, habilitation) compte-t-elle ?

Non. Le point de contrôle vise une formation autre que celles imposées par un texte pour exercer l’activité. Une formation métier ou certifiante, oui.

Comment sont traitées les absences longues dans le calcul des 8 ans ?

Les périodes de suspension du contrat (congé parental, sabbatique, arrêt longue maladie…) ne sont pas comptabilisées et repoussent d’autant l’échéance.

À retenir

L’état des lieux à 8 ans est le bilan à 6 ans avec un pas de temps plus long et un point de départ conservé. Le risque n’a pas changé : 3 000 € par salarié dans les entreprises de 50 salariés et plus en cas de double manquement, et un contentieux possible partout. La seule vraie nouveauté est opérationnelle : huit ans d’historique à tenir par salarié, avec des entretiens ciblés en plus. Recalculez vos échéances maintenant, formez ceux qui n’ont rien suivi depuis longtemps, et gardez la trace.

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